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Jean Talon

1625-1694

Baptisé à Châlons-sur-Marne, 8 janvier 1625
Décède 24 novembre 1694

Intendant de la Nouvelle-France

Il remplit deux mandats à titre d'intendant de la Nouvelle-France,
1665-1668 et 1670-1672.

Il harmonise son administration avec celle de Jean-Baptiste Colbert,
l'un des grands hommes de son époque, dont il est le protégé,
et avec celle de Louis XIV dont il jouit de l'estime.

Jean Talon, est désigné intendant de la colonie naissante,
en même temps que le gouverneur Daniel Rémy de Courcelle.
Cet avant-poste qu'est alors le Canada a une administration analogue
à celle d'une province de la France métropolitaine.

La défense et la sécurité du territoire étaient confiées à un gouverneur.
D'autre part, l'intendant était chargé de la réglementation du commerce
et des affaires économiques en général.
Si le gouverneur était, tout au moins en théorie, le représentant direct de Louis XIV,
l'intendant n'en jouissait pas moins d'attributions étendues.
Il répondait d'ailleurs directement de sa gestion à Colbert, pour les matières de son ressort.

Talon part de La Rochelle, base navale et port de pêche,
désormais promise au rôle de point d'attache de ce long file maritime
qui relie la France et l'Amérique du Nord.
Embarqué sur le Saint-Sébastien le 24 mai 1665,
Talon n'arrive à Québec que 117 jours plus tard.

Comme intendant de la justice, de la police et des finances du Canada, de l'Acadie et de Terre-Neuve
Talon est le serviteur déterminé, énergique et imaginatif du roi et de son ministre, Jean-Baptiste Colbert.
Ce premier intendant de la Nouvelle-France va transformer un petit avant-poste faible
dominé par les compagnies et voué au commerce des fourrures et aux missions religieuses
en une province royale rentable, populeuse et capable de se défendre elle-même.

Dès son arrivée, avec le gouverneur Callières, il s'attaque au problème des invasions iroquoises
qui gênent le peuplement de la vallée du Saint-Laurent.

Les deux dirigeants font venir le Régiment de Carignan-Salières,
sous les ordres du marquis de Tracy. En 1667, la paix revient après plusieurs campagnes victorieuses.

Talon commande un recensement qui donne des résultats inquiétants.
Si Québec posséde déjà une Haute-Ville et une Basse-Ville,
on n'y retrouve encore que 350 habitants dans 70 maisons.
L'ensemble de la colonie est alors très peu peuplée.
D'après le recensement de 1666, 3418 âmes habitent la Nouvelle-France.
Non seulement la population n'est que de 3418 personnes mais on retrouve 15 hommes pour une femme.

Talon encourage les soldats du Régiment de Carignan à rester au Canada
et fait venir environ 800 «filles du roi» et des engagés
(lesquels servent 36 mois en échange du passage, de la pension et d'un salaire).
De plus, il met de l'avant une série de mesures visant à encourager la nuptialité et la natalité,
sous forme de compensation monétaire, et incite les engagés
ou soldats à demeurer ici à la fin de leur contrat.

Le roi signe d'ailleurs un édit permettant l'imposition d'amendes aux non-mariés.
Le Conseil souverain, dont fait partie Talon, ordonne même que certaines privations de chasse,
de pêche ou de commerce soient imposés aux plus récalcitrants.
Ces mesures réussirent relativement bien car la population coloniale atteint 6700 habitants en 1673.

Talon voit rapidement qu'il faut à la Nouvelle-France, de toute nécessité, des navires et des bateaux.
Son développement, sa survivance même sont à ce prix.
Les Relations des Jésuites notent à ce propos de Talon:
Il fait faire du Merin, pour transporter en France et aux Antilles,
et des Mâtures, dont il envoye cette année des essais à La Rochelle, pour servir à la Marine.
Il s'est appliqué de plus, au bois propre à la construction des vaisseaux,
dont l'épreuve a été faite en ce païs, par la bastisse d'une barque, qui se trouve de bon service,
et d'un gros vaisseau, tout prêt à être mis à l'eau.

Pour diversifier l'économie, Talon évalue les ressources en minerai et en bois de construction,
encourage l'agriculture commerciale, les métiers artisanaux, la construction navale et la pêche,
établit une brasserie et stimule le commerce avec les Antilles françaises.
Près de 2,000 colons et soldats démobilisés s'installent en Nouvelle-France durant son mandat.
Si l'on présumait que la population augmenterait par les mariages avec des Amérindiens éduqués
selon la religion et le mode de vie des Français, de tels mariages furent plutôt rares.
Pour accroître la population, Talon compte sur l'imposition de punitions aux célibataires
et l'attribution de récompenses pour les mariages précoces entre Français
et pour les familles nombreuses.
Puisque Colbert veut avoir une colonie densément peuplée et défendable,
Talon encourage la poursuite de la colonisation dans la vallée du Saint-Laurent
et fonde trois villages, Sorel, Varennes, Verchères.

Talon s'affirme aussi dans le domaine de l'organisation territoriale.
Il expérimente une nouvelle division des terres.
Près de Québec, il fonde trois bourgs caractérisés par leur forme carrée
et les terres divisées en forme de pointe de tarte.
Talon concéde plusieurs seigneuries qui sont à l'origine de villes et de villages actuels :
Verchères, Varennes, Sorel, La Pocatière, Beaumont, Lotbinière, etc.

Durant son intendance, la Nouvelle-France s'agrandit considérablement
grâce aux grands explorateurs qu'il encourage :
Louis Jolliet et Jacques Marquette découvrent le Mississisipi;
Charles Albanel se rend à la baie James, Simon-François Daumont de Saint-Lusson
et Nicolas Perrot reconnaissent les territoires voisins du lac Supérieur, etc.

Talon souhaite la création d'une infrastructure industrielle et commerciale.
Or, le roi pense que la construction de manufactures
et l'établissement d'ouvriers pour fabriquer les choses nécessaires
à la vie est l'un des grands besoins du Canada.
Il devient nécessaire de s'auto-suffire et d'exporter.
L'exploitation des matières premières est le fer.


Il favorise la production du lin et du chanvre de manière à produire du fil et de la toile,
utiles pour les cordages et voiles de bateaux.

"Les feuilles (et les têtes séchées) servent aux calumets de la paix"


Talon fait construire un chantier naval pour favoriser
le transport de biens vers les Antilles ou de produits manufacturés en provenance d'Europe.
Enfin, il développe l'industrie de la tannerie (souliers et chapeaux),
de laine et de la draperie et expérimente l'exploitation minière.
Bref, Talon tente de maximiser les ressources du pays pour le rendre plus dynamique,
face à son rival anglais.

En 1668, Talon retourne en France mais revient pour un deuxième mandat en 1670.
Ce deuxième séjour en Nouvelle-France va être capital pour l'histoire de l'industrie maritime dans notre pays.
Il fait organiser la coupe du bois de construction dans les forêts du Saint-Laurent
et fait installer sur les rives de la Saint-Charles des chantiers qui,
pendant un certain temps, emploient jusqu'à 300 ouvriers.

En 1672, il quitte pour la France où il est nommé secrétaire du roi,
membre de la maison royale et comte d'Orsainville.

Jean Talon meurt en France en 1694, à soixante-neuf ans,
--- âge avancé pour l'époque ---
récompensé par le Roi des services qu'il a rendus à son pays.

Talon voyait juste en écrivant:
Les jeunes gens de Canada se dévouent et se jettent dans les escholes pour les sciences,
dans les arts, les métiers et surtout dans la marine, de sorte que si cette inclination se nourrit un peu
il y a lieu d'espérer que ce pays deviendra une pépinière de navigateurs, de pêcheurs, de matelots
ou d'ouvriers tous ayans naturellement de la disposition à ses emplois

En Nouvelle-France, les industries, l'agriculture commerciale et le commerce avec les Antilles
qu'a encouragés Talon se développe.
On se souvient de Talon comme entrepreneur industriel et comme initiateur des allocations familiales.
Son legs le plus durable est toutefois la structure juridique,
administrative et centralisée qu'il a mise sur pied.
Talon donna une forte impulsion au système seigneurial, importa du bétail et diversifia l'agriculture.
Il développa également l'industrie : brasserie, cordonnerie, construction navale...
Son objectif de colonisation intégrale fut presque atteint.
Talon est considéré comme un des plus grands intendants de la Nouvelle-France.